Le portage salarial dans le bâtiment existe, mais il ne concerne pas tout le monde. Il s’adresse aux indépendants qui vendent un savoir-faire intellectuel ou d’organisation, pas à ceux qui vendent des heures de pose. La frontière tient en une phrase : il faut pouvoir trouver ses clients seul et définir soi-même la prestation.
Ce que la loi demande à la personne portée
Le Code du travail définit le portage comme une relation à trois : la société de portage, la personne portée et l’entreprise cliente. La personne portée est salariée de la société de portage, mais c’est elle qui prospecte, négocie le prix et les conditions de la mission. La société de portage facture le client, puis reverse un salaire après ses frais et les charges.
Trois critères reviennent : une expertise, une qualification, et une autonomie suffisante pour rechercher des clients. Le bâtiment n’est donc pas exclu en tant que secteur. Ce qui compte, c’est la nature de la prestation. Pour le mécanisme complet, voyez notre guide du portage salarial.
Quels métiers du bâtiment peuvent passer par le portage ?
Les missions acceptées par les sociétés de portage dans le secteur tournent autour de la compétence technique et de la coordination. Le tableau classe les situations les plus courantes selon leur compatibilité. C’est un repère d’usage, pas une liste officielle : chaque société de portage apprécie le dossier.
| Activité | Compatibilité avec le portage | Point d’attention |
|---|---|---|
| Conducteur de travaux, chef de projet | Courante | Mission de pilotage, contrat avec un client identifié |
| Maître d’œuvre, économiste de la construction | Courante | Responsabilité professionnelle à couvrir |
| Métreur, dessinateur, bureau d’études | Courante | Prestation sur livrable, pas sur heures |
| Coordonnateur sécurité, diagnostiqueur | Possible | Qualification ou agrément exigé |
| Formateur, expert technique | Courante | Prestation intellectuelle claire |
| Ouvrier ou artisan qui réalise les travaux | Rare, voire exclue | Exécution manuelle, décennale, chantier en sous-traitance |

Pourquoi l’artisan de chantier n’y trouve pas sa place
Un maçon, un plombier ou un électricien vend des travaux, avec du matériel, des assurances et souvent une qualification exigée par la réglementation. La société de portage ne porte ni les outils, ni la responsabilité du chantier. Elle propose un cadre salarié pour des prestations, pas pour des travaux exécutés sous le nom de l’artisan.
Il y a aussi un obstacle de nature : le client d’un artisan attend un devis de travaux, une garantie décennale et une facture TVA bâtiment. Le portage ne s’accorde pas avec ce modèle, sauf si l’artisan change de métier pour un rôle de conseil ou de pilotage.
Assurances : décennale et RC pro
La garantie décennale couvre les dommages qui compromettent la solidité d’un ouvrage pendant dix ans. Elle est obligatoire pour les constructeurs, y compris les maîtres d’œuvre qui engagent leur responsabilité sur la conception ou le suivi. Une personne portée qui intervient en maîtrise d’œuvre doit donc vérifier ce que couvre l’assurance de la société de portage, et ce qui reste à sa charge.
Le niveau d’exposition change selon le rôle : un simple pilotage de planning pèse peu, une conception ou un suivi d’exécution engage davantage. Demandez à la société de portage un document écrit qui précise le périmètre de sa RC professionnelle. Sur ce sujet, notre article sur la RC pro du freelance détaille les garanties.
Ce qu’il reste du tarif journalier
Le portage prélève des frais de gestion, puis les cotisations sociales : il ne reste qu’une partie du tarif facturé au client. Dans le bâtiment, les tarifs journaliers d’un conducteur de travaux ou d’un économiste se négocient en fonction de la taille du chantier et de la région. Calculez toujours le net après frais avant de signer. Notre article sur les frais de gestion en portage donne la méthode, et la page sur le calcul du TJM permet de fixer le tarif de départ.
Quelle convention collective s’applique ?
Un point qui surprend : la personne portée relève de la convention collective du portage salarial, celle de la société qui l’emploie. Elle ne relève pas de la convention du bâtiment, même si ses missions se déroulent sur un chantier. Les règles sur les congés, les classifications et les indemnités sont donc celles du portage. Pour une comparaison avec d’autres statuts, voyez le choix du statut d’indépendant.
Les alternatives quand le portage ne convient pas
- Micro-entreprise : simple à ouvrir, mais plafonnée en chiffre d’affaires et peu protectrice sur la responsabilité.
- EURL ou SASU : une société permet de porter l’assurance décennale et de facturer des travaux.
- Salariat classique : pour un conducteur de travaux, un CDI ou un CDD dans une entreprise du bâtiment reste souvent plus simple.
- Groupement ou sous-traitance : quand la mission est un chantier précis, un artisan peut s’associer à d’autres corps d’état.
Un artisan du bâtiment peut-il faire du portage salarial ?
Rarement. Le portage vise des prestations d’expertise, pas l’exécution de travaux. Un artisan qui réalise lui-même un chantier reste le plus souvent en micro-entreprise ou en société.
Peut-on être conducteur de travaux en portage ?
Oui, c’est l’un des cas les plus fréquents, à condition d’avoir des clients identifiés et la liberté de fixer le prix de la mission avec eux.
La garantie décennale est-elle couverte par la société de portage ?
Cela dépend de l’activité et du contrat. Demandez un document écrit sur ce que couvre la RC professionnelle de la société et sur ce qui reste à votre charge.
Quelle convention collective s’applique en portage dans le bâtiment ?
Celle du portage salarial, pas celle du bâtiment. La société de portage est l’employeur, et c’est sa convention qui encadre le contrat de travail.
Que se passe-t-il à la fin d’une mission sur un chantier ?
Le contrat de travail de portage prend fin avec la mission ou se poursuit selon sa nature. Les indemnités dépendent du type de contrat : voyez notre article sur la fin de mission en portage.
Avant de contacter une société de portage, rédigez en cinq lignes la mission que vous vendriez : le client, le livrable, la durée, le prix. Si elle ressemble à du conseil ou du pilotage, le portage est envisageable. Si elle ressemble à de l’exécution de travaux, comparez plutôt avec une micro-entreprise ou une société.
