Quatre options se présentent à un indépendant qui vend des prestations : la micro-entreprise, le portage salarial, l’EURL et la SASU. Elles ne se départagent pas sur le taux de charges — qui dépend surtout du niveau de revenu — mais sur trois arbitrages : la couverture chômage, la déduction des frais réels, et la lourdeur administrative acceptée. En 2026, le plafond de la micro pour une activité de prestation de services libérale s’établit à 83 600 €, avec un taux de cotisations de 25,6 %.
La question du statut est posée à l’envers dans la plupart des discussions : on cherche celui qui « coûte le moins cher ». C’est un mauvais critère, parce que le coût dépend du revenu, des frais et de ce qu’on sort de l’entreprise — trois choses qui bougent d’une année sur l’autre.
La bonne question est plutôt : de quoi ai-je besoin que ce statut fasse pour moi ? Et elle vient après celle du prix, traitée dans notre article sur le calcul du TJM.
Les quatre options, en face à face

| Micro-entreprise | Portage salarial | EURL | SASU | |
|---|---|---|---|---|
| Nature | Entreprise individuelle | Contrat de travail | Société | Société |
| Protection sociale | Travailleur indépendant | Salarié | Travailleur indépendant | Assimilé salarié |
| Assurance chômage | Non | Oui | Non | Non |
| Frais réels déductibles | Non, abattement forfaitaire | Oui, encadrés | Oui | Oui |
| Plafond de chiffre d’affaires | 83 600 € en prestation de services libérale | Aucun | Aucun | Aucun |
| Formalités | Très légères | Aucune, portées par la société | Comptabilité et assemblée annuelle | Comptabilité et assemblée annuelle |
Une remarque de méthode avant d’aller plus loin : le portage n’est pas un statut juridique, c’est une forme d’emploi salarié. On peut donc l’utiliser pour une mission et rester en micro-entreprise pour le reste de son activité. Le mécanisme complet est détaillé dans notre article sur le fonctionnement du portage salarial.
Les trois arbitrages qui décident
Premier arbitrage : avez-vous besoin de l’assurance chômage ? C’est le seul point sur lequel les statuts ne se rattrapent pas entre eux. Le portage ouvre des droits comme n’importe quel emploi salarié ; la micro-entreprise, l’EURL et la SASU non. Pour quelqu’un qui sort d’un salariat, qui a des charges fixes élevées ou un seul client, ce critère l’emporte sur tous les autres.
Deuxième arbitrage : avez-vous des frais professionnels réels ? La micro-entreprise ne déduit rien : elle applique un abattement forfaitaire, et vous payez vos cotisations sur le chiffre d’affaires, pas sur le bénéfice. Un consultant qui travaille depuis chez lui avec un ordinateur est gagnant. Un formateur qui se déplace en permanence, ou un indépendant qui sous-traite une partie de ses missions, ne l’est pas.
Troisième arbitrage : quelle charge administrative acceptez-vous ? Une société suppose une comptabilité, des comptes annuels, une assemblée, un expert-comptable dans la plupart des cas. Ce n’est pas seulement un coût, c’est du temps et de l’attention qui ne vont pas à la prospection.
Quel statut pour votre situation ?
Repères 2026 : plafond de 83 600 € et abattement de 34 % en prestation de services libérale.
Sous le plafond, avec des frais inférieurs à l’abattement forfaitaire : c’est l’option la plus simple et la plus économique.
Orientation indicative. Le calcul exact dépend de votre situation fiscale, de ce que vous sortez de l’entreprise et de votre foyer : un expert-comptable tranche en une heure.
Quand la micro-entreprise cesse d’être le bon choix
Trois signaux, et ils arrivent rarement seuls.
- Le plafond approche. 83 600 € de chiffre d’affaires en prestation de services libérale. Le dépassement se gère, mais il s’anticipe : on ne change pas de statut en novembre pour l’exercice en cours.
- Les frais réels dépassent l’abattement. En prestation de services libérale, l’abattement forfaitaire est de 34 % du chiffre d’affaires. Au-delà, vous payez de l’impôt et des cotisations sur un revenu que vous n’avez pas encaissé.
- Le taux de cotisations pèse. Il s’établit à 25,6 % du chiffre d’affaires en 2026 pour les activités libérales relevant du régime général, après la réforme de l’assiette sociale. C’est un prélèvement sur le chiffre d’affaires, pas sur le bénéfice : la différence devient sensible dès que les frais montent.
À l’inverse, deux situations où la micro reste imbattable : un début d’activité avec un chiffre d’affaires incertain, et une activité de conseil sans frais, menée depuis chez soi. Dans ces deux cas, la simplicité vaut de l’argent.
EURL ou SASU : la vraie différence
Les deux sont des sociétés à associé unique, et elles se ressemblent beaucoup sur le papier. La différence qui compte est le régime social du dirigeant.

En EURL, le gérant associé unique relève du régime des travailleurs indépendants. Les cotisations sont plus faibles à revenu égal, la protection sociale plus légère, notamment sur les indemnités journalières et la retraite complémentaire.
En SASU, le président est assimilé salarié. Il relève du régime général, avec une meilleure couverture — hors assurance chômage, qui reste fermée — mais des cotisations nettement plus élevées sur la rémunération. En contrepartie, les dividendes échappent aux cotisations sociales et ne supportent que les prélèvements sociaux.
D’où la pratique courante en SASU : une rémunération faible, complétée par des dividendes. Elle réduit le coût global mais réduit aussi les droits sociaux, et elle suppose des bénéfices distribuables. C’est un arbitrage annuel, pas une règle.
Ce que chaque statut coûte à faire tourner
Au-delà des cotisations, chaque forme a un coût de fonctionnement propre, rarement intégré dans les comparaisons. Il se chiffre en euros et en heures.
- Micro-entreprise. Déclaration mensuelle ou trimestrielle de chiffre d’affaires, un compte bancaire dédié au-delà d’un certain niveau d’activité, et c’est à peu près tout. Pas de bilan, pas d’expert-comptable obligatoire. Le coût de fonctionnement est proche de zéro.
- Portage salarial. Aucune formalité de votre côté : la société s’en charge. En contrepartie, des frais de gestion prélevés sur chaque facture, généralement exprimés en pourcentage du chiffre d’affaires hors taxes.
- EURL et SASU. Comptabilité complète, comptes annuels à déposer, assemblée générale annuelle, et dans la quasi-totalité des cas un expert-comptable. S’y ajoutent les frais de constitution, puis les frais bancaires professionnels.
Le temps compte autant que l’argent. Une société, c’est quelques heures par mois de pièces à classer et de questions à traiter, et une échéance annuelle qui tombe toujours au mauvais moment. Un indépendant qui facture son temps à la journée a intérêt à valoriser ces heures avant de conclure qu’une société « coûte moins cher ».
À l’inverse, la société apporte quelque chose que ni la micro ni le portage ne donnent : une personne morale distincte. Elle permet de s’associer plus tard, de céder l’activité, de porter des investissements et de séparer clairement le patrimoine. Sur un projet qui vise la croissance plutôt que l’indépendance individuelle, c’est cet argument-là qui pèse, pas le taux de cotisations.
Changer de statut, et quand le faire
Le changement se prépare, il ne se subit pas. Trois repères de calendrier.
- Anticiper d’un exercice. Une création de société en cours d’année laisse deux régimes fiscaux sur douze mois, avec des déclarations dans les deux. Le 1er janvier reste la date la plus propre.
- Vérifier les contrats en cours. Un contrat de prestation signé au nom de la micro-entreprise ne se transfère pas automatiquement : il faut un avenant ou un nouveau contrat au nom de la société.
- Traiter la question de la TVA. Le passage sous un autre régime modifie souvent la situation au regard de la franchise, et cela se répercute directement sur vos prix affichés aux clients particuliers.
Un dernier point, souvent oublié : rien n’oblige à choisir une fois pour toutes. Beaucoup d’indépendants passent par le portage pour une mission chez un grand compte qui refuse de contracter avec une micro-entreprise, et restent en direct pour le reste de leur portefeuille. Le cumul est possible et il se gère.
Quel statut ouvre droit au chômage ?
Le portage salarial uniquement, parce que le porté est salarié de la société de portage. La micro-entreprise, l’EURL et la SASU n’ouvrent pas de droits à l’assurance chômage pour leur dirigeant.
Quel est le plafond de la micro-entreprise en 2026 ?
83 600 € de chiffre d’affaires annuel pour une activité de prestation de services libérale. L’abattement forfaitaire est de 34 % et le taux de cotisations s’établit à 25,6 % en 2026.
Peut-on déduire ses frais en micro-entreprise ?
Non. Un abattement forfaitaire s’applique, quelle que soit la réalité des dépenses. Dès que les frais réels dépassent cet abattement, la micro-entreprise devient désavantageuse.
EURL ou SASU pour un freelance seul ?
Le point de bascule est le régime social du dirigeant : travailleur indépendant en EURL, assimilé salarié en SASU. La première coûte moins cher à revenu égal, la seconde protège mieux et permet de sortir des dividendes sans cotisations sociales.
Peut-on cumuler portage et micro-entreprise ?
Oui. Le portage est une forme d’emploi salarié, pas un statut juridique : il se choisit mission par mission. Beaucoup d’indépendants l’utilisent pour les clients qui refusent de contracter avec une micro-entreprise.
Quand changer de statut ?
De préférence au 1er janvier, pour éviter deux régimes fiscaux sur un même exercice. Le changement suppose aussi de reprendre les contrats en cours et de vérifier la situation au regard de la TVA.
Ce qu’il faut retenir
Commencez par la question du chômage : c’est la seule qui ne se rattrape pas. Et si vous n’avez pas encore posé les autres décisions de départ, notre guide pour devenir freelance les remet dans l’ordre. Si la réponse est oui, le portage s’impose, et le reste est un débat sur les frais de gestion.
Sinon, comparez vos frais réels à l’abattement forfaitaire. Cette seule opération départage la micro-entreprise et la société dans la grande majorité des cas, et elle se fait en deux minutes.
Service-public.gouv.fr — choisir la forme juridique de son entreprise, consulté le 14 septembre 2026.
