En portage salarial, la fin d’une mission ne verse pas la même chose selon le contrat. En CDD, une indemnité de fin de contrat est due au terme. En CDI, il n’y a pas d’indemnité de fin de mission, mais une réserve financière de 10 % du salaire de base de la dernière mission. À cela s’ajoute, dans les deux cas, la prime d’apport d’affaires de 5 % déjà comprise dans la rémunération minimale.
La question arrive toujours au même moment : le client ne renouvelle pas, la mission s’arrête dans trois semaines, et le salarié porté tente de comprendre ce que sa société de portage va lui verser. La réponse tient moins au montant du TJM qu’à une ligne du contrat de travail — CDD ou CDI. Les deux régimes n’ont rien à voir.
Trois sommes que tout le monde confond
Avant tout calcul, il faut séparer trois choses qui apparaissent sur des bulletins différents et n’obéissent pas aux mêmes règles.
| Somme | Concernés | Montant | Quand |
|---|---|---|---|
| Indemnité de fin de contrat | CDD de portage | Au terme du contrat | Dernier bulletin |
| Réserve financière | CDI de portage | 10 % du salaire de base de la dernière mission | Versée au compte d’activité |
| Prime d’apport d’affaires | CDD et CDI | 5 %, comprise dans la rémunération minimale | Tout au long de la mission |
La confusion la plus fréquente consiste à attendre une indemnité de fin de contrat en CDI. Elle n’existe pas : un CDI ne se termine pas à la fin d’une mission, il continue — c’est précisément ce pour quoi la réserve financière a été créée.
En CDD de portage : l’indemnité de fin de contrat
Le CDD de portage obéit à un cadre strict : dix-huit mois au maximum, renouvellements compris, avec deux renouvellements possibles. Il est conclu pour une mission déterminée, et son terme est celui de la mission.
À ce terme, l’indemnité de fin de contrat est due, comme pour un CDD de droit commun. C’est la contrepartie de la précarité : le contrat s’arrête, aucune poursuite de la relation de travail n’est prévue, et le salarié se retrouve sans employeur.
Le calcul se fait sur la rémunération brute versée pendant le contrat. Attention à ce que recouvre cette assiette en portage : elle porte sur le salaire, pas sur le chiffre d’affaires facturé au client. Entre les deux, il y a les frais de gestion de la société de portage et les cotisations patronales — nos frais de gestion en portage et ce qu’il reste du TJM détaillent cet écart, qui surprend à chaque première mission.
En CDI : la réserve financière de 10 %
En CDI de portage, la logique s’inverse. Le contrat de travail ne s’arrête pas quand la mission s’arrête : le salarié reste salarié, sans mission et, sur ce point le texte est net, sans rémunération pendant les périodes d’intermission.
Pour amortir ce vide, la loi impose une réserve financière : 10 % du salaire de base de la dernière mission, versés sur le compte d’activité du salarié porté. Elle n’est pas une prime : c’est de l’argent mis de côté pour couvrir l’intermission à venir.
Elle se constitue mission après mission et sert pendant les périodes creuses. Si le CDI prend fin — rupture conventionnelle, licenciement, démission — ce sont les règles ordinaires du CDI qui s’appliquent, avec leurs propres indemnités, distinctes de la réserve.
La prime d’apport d’affaires de 5 %
Elle est la particularité la plus mal comprise du portage. Le salarié porté trouve lui-même ses clients : il apporte l’affaire à la société de portage. Cette activité de prospection est rémunérée par une prime d’apport d’affaires de 5 %, comprise dans la rémunération minimale.
Le mot « comprise » est celui qui compte. La prime n’est pas un supplément versé au-dessus du salaire : elle fait partie du minimum garanti. Ce minimum est lui-même indexé sur le plafond mensuel de la Sécurité sociale — 70 % pour un porté junior, 75 % pour un senior, 85 % pour un cadre au forfait jours. Comme ce plafond est revalorisé chaque année, seuls les pourcentages sont stables ; les montants, eux, se vérifient au moment de signer.
L’intermission : ce qui tombe, et ce qui ne tombe pas
C’est la période qui inquiète, et à juste titre. En CDI de portage, l’intermission n’est pas rémunérée par la société de portage : aucune mission facturée, aucun salaire produit. Ce qui tombe pendant cette période, c’est ce que la réserve financière permet de verser, et rien d’autre.
Deux conséquences pratiques. D’abord, un TJM trop bas ne pénalise pas seulement la mission en cours : il réduit mécaniquement la réserve qui couvrira la suivante. Ensuite, l’enchaînement des missions compte autant que leur prix — ce que notre explication complète du mécanisme du portage salarial remet à sa place dans l’équation.
Après la fin de mission : les droits au chômage
C’est l’avantage structurel du portage sur les autres statuts d’indépendant, et il se manifeste exactement à ce moment-là. Le salarié porté est un salarié : la fin de son contrat ouvre des droits à l’assurance chômage dans les conditions de droit commun, sous réserve des règles d’affiliation et du motif de rupture.
Un micro-entrepreneur qui perd son client principal n’a rien de comparable. C’est souvent ce seul point qui fait pencher l’arbitrage entre les statuts, bien plus que la comparaison des taux de cotisation — comparaison que nous avons détaillée dans portage, micro, EURL ou SASU : quel statut choisir.
Ai-je droit à une indemnité de précarité en CDI de portage ?
Non. L’indemnité de fin de contrat est propre au CDD. En CDI, le contrat de travail se poursuit après la mission : la protection prend la forme de la réserve financière de 10 % du salaire de base de la dernière mission.
La réserve financière m’est-elle versée en une fois ?
Elle est portée au compte d’activité et sert à couvrir les périodes sans mission. Elle n’a pas vocation à être versée en bloc à la fin d’une mission comme le serait une prime de départ.
Combien de temps peut durer un CDD de portage ?
Dix-huit mois au maximum, renouvellements inclus, avec deux renouvellements possibles. Au-delà, la relation doit prendre une autre forme.
La prime d’apport d’affaires s’ajoute-t-elle à mon salaire ?
Non, elle est comprise dans la rémunération minimale. Elle rémunère l’activité de prospection du salarié porté, mais ne constitue pas un supplément versé au-dessus du minimum garanti.
Suis-je payé entre deux missions en CDI ?
Les périodes sans mission ne sont pas rémunérées au titre d’une prestation. C’est la réserve financière constituée sur les missions précédentes qui est destinée à couvrir ces périodes.
Le chômage est-il vraiment ouvert après une fin de mission ?
Le salarié porté relève du régime général : la fin de son contrat ouvre des droits dans les conditions applicables à tout salarié, selon la durée d’affiliation et le motif de fin de contrat.
Regardez d’abord la nature de votre contrat, puis la ligne « réserve » ou « indemnité » de votre dernier bulletin, et comparez-la au salaire de base et non au montant facturé au client. C’est là que se trouvent les écarts, et ils se négocient mieux avant la mission qu’après.
Service-public.gouv.fr, fiche « Portage salarial » : durée du CDD, réserve financière, prime d’apport d’affaires et rémunération minimale, consultée le 17 septembre 2026.
Elles entrent dans le calcul et décalent le début de l’indemnisation : voyez vos droits au chômage après une mission.
