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Client qui ne paie pas : la procédure étape par étape

Par · 28 septembre 2026 · 9 min de lecture

TJM et missions · Client qui ne paie pas : la procédure étape par étape
L’essentiel

Face à un client qui refuse de payer, la procédure suit toujours la même étape initiale : relance écrite, puis mise en demeure par lettre recommandée. Si le silence persiste, le recouvrement judiciaire commence par l’injonction de payer, procédure rapide, peu coûteuse et sans audience tant que le débiteur ne conteste pas. Entre professionnels, les pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire de 40 € sont dues de plein droit. Le délai de prescription des créances commerciales est de cinq ans, mais plus on attend, moins on récupère.

Un impayé sur une mission de plusieurs milliers d’euros peut mettre en difficulté une activité indépendante pendant des mois. La bonne nouvelle : la procédure existe, elle est balisée, et elle aboutit dans la majorité des cas.

Avant d’en arriver là

La prévention pèse plus lourd que tout le reste. Un contrat écrit, même court, qui précise le périmètre, le calendrier de facturation et les conditions de paiement, règle par avance la plupart des désaccords. Notre page sur le contrat de prestation de service détaille les clauses à ne pas oublier.

Le fractionnement de la facturation est le deuxième réflexe. Un acompte à la commande, un versement intermédiaire, un solde à la livraison : ce découpage limite l’exposition et révèle très tôt un client qui ne paie pas.

Vérifier la santé financière du client, enfin, prend quelques minutes. Les comptes publiés, l’ancienneté de la société et l’existence de procédures en cours sont consultables librement. Un client en redressement judiciaire ne se traite pas comme un autre.

Étape 1 : la relance amiable

Elle commence dès le lendemain de l’échéance, par un message simple, factuel, sans reproche. Beaucoup de retards s’expliquent par une facture égarée, un changement d’interlocuteur ou un circuit de validation interne.

La deuxième relance, une dizaine de jours plus tard, se fait par écrit et mentionne explicitement le montant, le numéro de facture et la date d’échéance dépassée. On y rappelle, sans agressivité, que des pénalités courent depuis l’échéance.

Un appel téléphonique intercalé entre les deux vaut souvent mieux qu’un troisième courriel. Il permet d’identifier la vraie cause du retard, et parfois de débloquer la situation en cinq minutes.

Conservez toutes ces traces. Elles constitueront le dossier si la suite devient judiciaire.

Étape 2 : la mise en demeure

Élément Contenu attendu
Objet « Mise en demeure de payer », explicitement
Identification Coordonnées complètes des deux parties
Créance Numéro de facture, date, montant, date d’échéance
Rappel contractuel Référence au devis ou au contrat signé
Pénalités Taux applicable et indemnité forfaitaire de 40 €
Délai Généralement 8 à 15 jours
Suite annoncée Saisine du tribunal en cas de silence
Envoi Lettre recommandée avec accusé de réception
La mise en demeure fait courir les intérêts moratoires et constitue une pièce indispensable du dossier judiciaire.

Le ton reste professionnel. Une mise en demeure n’est pas une menace : c’est un acte juridique qui marque le point de départ formel du contentieux.

Indépendant travaillant sur son ordinateur
Chaque relance se conserve : c’est la trace écrite qui fait la solidité du dossier.

Étape 3 : l’injonction de payer

C’est la voie la plus utilisée pour les créances non contestées. La demande se dépose auprès du tribunal compétent — tribunal de commerce si le débiteur est commerçant, tribunal judiciaire sinon — avec le contrat, les factures et les relances.

Aucune audience n’a lieu. Un juge examine les pièces et rend une ordonnance, qu’il faut ensuite faire signifier au débiteur par commissaire de justice dans un délai de six mois.

Le débiteur dispose alors d’un mois pour former opposition. S’il le fait, l’affaire bascule vers une procédure classique avec audience. S’il ne fait rien, l’ordonnance devient exécutoire et permet de procéder à une saisie.

Le coût reste modeste : quelques dizaines d’euros de frais de greffe devant le tribunal de commerce, auxquels s’ajoutent les frais de signification. Ces sommes sont en principe mises à la charge du débiteur.

Les autres voies possibles

  • Procédure simplifiée de recouvrement : pour les petites créances, menée par commissaire de justice, sans juge, avec l’accord du débiteur.
  • Référé provision : quand la créance n’est pas sérieusement contestable et que l’urgence le justifie.
  • Assignation au fond : lorsque le litige porte sur la qualité de la prestation et non sur le seul paiement.
  • Société de recouvrement : rapide à mobiliser, elle prélève une commission sur les sommes récupérées.
  • Médiation : utile quand la relation commerciale mérite d’être préservée.

Le choix dépend surtout d’un critère : la créance est-elle contestée ? Si le client conteste la prestation, l’injonction de payer sera bloquée par son opposition, et il vaut mieux préparer d’emblée un dossier sur le fond.

Pénalités et indemnités : ce qui est dû

Entre professionnels, les pénalités de retard s’appliquent automatiquement dès le jour suivant l’échéance, sans rappel nécessaire. Leur taux figure dans les conditions de vente ; à défaut, un taux légal s’applique.

S’y ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros par facture impayée. Elle est due de plein droit, et beaucoup d’indépendants oublient de la réclamer alors qu’elle se cumule facture par facture.

Lorsque les frais réellement engagés dépassent ce forfait, une indemnisation complémentaire peut être demandée, sur justificatifs.

Ces mentions doivent figurer sur les factures et dans les conditions générales. Leur absence n’empêche pas de les réclamer, mais elle fragilise la position et prive d’un argument dissuasif.

Documents juridiques sur un bureau
L’ordonnance d’injonction doit être signifiée dans les six mois, faute de quoi elle devient caduque.

Une fois l’ordonnance obtenue

Le titre exécutoire ne fait pas rentrer l’argent tout seul. Il autorise le commissaire de justice à agir, et c’est là que commence la partie la plus concrète du recouvrement.

La saisie-attribution sur compte bancaire est la voie la plus rapide, à condition de connaître la banque du débiteur. Le commissaire peut d’ailleurs obtenir cette information auprès de l’administration fiscale, sur présentation du titre.

D’autres saisies existent : sur les créances que le débiteur détient lui-même sur ses propres clients, sur les véhicules, sur le matériel professionnel. Chacune a un coût et une probabilité de succès variable selon la situation réelle de l’entreprise.

Le calcul à faire est simple, même s’il est désagréable : engager plusieurs centaines d’euros de frais pour récupérer une créance sur une société sans actifs n’a pas de sens. Le commissaire de justice sait le dire, et c’est une question à lui poser avant de lancer les opérations.

Ce que le rapport de force change

Beaucoup d’indépendants hésitent à formaliser, par crainte de perdre le client ou d’être perçus comme agressifs. Cette hésitation coûte cher, et elle se retourne systématiquement contre eux.

Dans la pratique, un client qui paie normalement ne se vexe pas d’une relance : elle lui paraît normale. Celui qui se vexe est précisément celui qui n’avait pas l’intention de payer rapidement.

La régularité vaut mieux que la fermeté ponctuelle. Une procédure de relance appliquée à tous, aux mêmes échéances, sans exception, envoie un signal clair et évite les discussions au cas par cas.

Enfin, la question du maintien de la relation commerciale mérite d’être posée franchement. Un client structurellement mauvais payeur consomme du temps, de la trésorerie et de l’énergie mentale. Le perdre est parfois la meilleure issue de l’affaire.

Les délais à ne pas laisser filer

La prescription des créances entre professionnels est de cinq ans à compter de l’échéance. C’est long en apparence, mais le recouvrement devient beaucoup plus difficile au-delà de quelques mois : le client peut disparaître, cesser son activité ou organiser son insolvabilité.

Si le client fait l’objet d’une procédure collective, la règle change complètement. Il faut déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire dans un délai court, à compter de la publication au Bodacc. Passé ce délai, la créance n’est plus prise en compte dans la répartition.

Surveillez donc l’état de vos clients importants. Une simple alerte sur les publications légales évite de découvrir la liquidation six mois trop tard.

Se protéger pour la suite

Un impayé enseigne toujours quelque chose sur ses propres pratiques. Le périmètre était-il écrit ? Le calendrier de paiement prévoyait-il un acompte ? La facture a-t-elle été envoyée au bon service ?

Adapter sa tarification fait aussi partie de la réponse. Intégrer le risque d’impayé dans son calcul est une démarche saine, que nous abordons dans notre méthode pour calculer son TJM.

Certains indépendants choisissent le portage salarial précisément pour déléguer ce risque : la société de portage facture, relance et supporte l’impayé. Cette sécurité a un coût, détaillé dans nos repères sur les frais de gestion du portage.

Enfin, vérifiez vos couvertures. Une assurance responsabilité civile professionnelle ne couvre pas les impayés, mais certaines protections juridiques prennent en charge les frais de procédure : voir notre page sur la RC pro du freelance.

Combien de temps attendre avant d’agir ?

Relance dès le lendemain de l’échéance, mise en demeure sous trois à quatre semaines, injonction de payer ensuite si le silence persiste.

Faut-il un avocat pour une injonction de payer ?

Non, la procédure peut être menée seul. Un accompagnement devient utile si le débiteur forme opposition.

L’indemnité de 40 € est-elle automatique ?

Oui, entre professionnels, et par facture impayée. Elle se cumule donc quand plusieurs factures sont concernées.

Que faire si le client est en liquidation ?

Déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire dans le délai légal. Au-delà, la créance est écartée de la répartition.

Peut-on arrêter la prestation en cours ?

C’est possible si le contrat le prévoit. Sans clause, une suspension unilatérale peut être contestée : mieux vaut la formaliser par écrit.

Relancez tôt, écrivez tout, et n’attendez pas trois mois pour envoyer la mise en demeure. Le taux de récupération se joue dans les six premières semaines.

Sources

Service-public.fr, recouvrement d’une créance entre professionnels : mise en demeure, injonction de payer, procédure simplifiée et pénalités applicables, consulté le 20 septembre 2026.

Portrait de Marion Delseny
Consultante indépendante, portage puis micro

J'ai testé les deux statuts pour de vrai : trois ans en portage, la micro ensuite. Les simulateurs en ligne oublient la moitié des lignes.

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Publié le 20 septembre 2026 · dernière vérification le 28 septembre 2026.